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 Simples conseils pour prier

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MessageSujet: Simples conseils pour prier   Lun 5 Mar 2007 - 13:25

Dans le sujet "comment prier", voici un bouquin interessant écrits par un moine bénédictin de l'Abbaye d'En Calcat :



fr. Dominique HERMANT, Droguet-Ardant 1990

(Extraits) Chapitre IV

TU ET JE

Le Livre de la Jungle de Kipling est un joli rêve. En réalité, les "enfants - loups" qu'on retrouve de loin en loin, c'est-à-dire les enfants abandonnés à leur naissance, puis recueillis et élevés par des animaux, sont eux-mêmes semblables à des animaux; ils ne parlent pas; et on a même constaté que, lorsqu'ils sont retrouvés après un certain âge seuil (ce qui est heureusement très rare), on ne peut plus leur apprendre à parler normalement. En revanche, on a délivré un jour deux enfants, deux frères, que leur mère, entièrement folle, avait confinés dans une arrière-salle, sans aucun contact avec le monde extérieur, et sans jamais leur adresser elle-même une parole; eh bien, ils s'étaient inventé un langage pour eux deux, rudimentaire mais nettement humain.
Ces faits sont hautement significatifs; car, tout le monde est d'accord là-dessus, la parole est à la fois le moyen le plus puissant et le signe le plus clair de ce que Teillard de Chardin appelle l'hominisation. Aussi, ce qui fait l'homme vraiment homme, en particulier ce qui apparaît si clairement dans les anecdotes ci-dessus, à savoir qu'on ne peut devenir une personne qu'en relation avec une autre personne. Ou, pour reprendre le langage des deux chapitres précédents, on ne peut devenir un Je qu'en apprenant à dire Tu, et à le dire à quelqu'un qui nous dira Tu à son tour.

On entrevoit tout de suite l'application de ces vérités à la prière. Mais avant d'y venir plus en détail, il y a trois remarques à faire.

Premièrement, de même qu'il y a de faux Tu, il y a de faux Je, des Je qui ne jaillissent pas d'une vraie personne, ouverte aux autres personnes, mais qui expriment au contraire le repliement sur soi des instincts et des passions. Les psychanalystes connaissent bien cette réalité-là, et certains vont jusqu'à dire qu'on ne devrait pas se permettre d'affirmer: "Je désire", ou "j'ai peur", ou "je m'imagine", mais plutôt: "ça désire en moi", ou "ça a peur, ou "ça s'imagine". peut-être ont-ils raison, si l'on en reste à un certain niveau. Mais on ne fera jamais avouer à de vrais amis que "ça aime en eux". Ceux-là et bien d'autres peuvent témoigner qu'à certains moments tout le "ça" qui est en eux éclate, pour ainsi dire, comme bourgeon au printemps et que, au lieu de rester enfermés dans leur petit monde clos, ils deviennent le siège d'une sorte de miracle: la naissance d'un Je qui est une authentique et vivante source.

Deuxièmement, ce miracle n'est pas un processus ponctuel aboutissant à un résultat définitivement acquis. C'est chaque fois qu'on engage un dialogue en Je - Tu qu'il faut vouloir de nouveau se transformer en source, choisir librement de s'ouvrir et de se donner.

Troisièmement, sans prétendre tracer des lois dans un domaine qui est par excellence celui des libertés, il semble qu'on puisse reconnaître, comme une vérité à peu près générale, que la découverte expérimentale du Tu précède et provoque celle du Je; autrement dit, qu'on ne peut guère se développer en personne authentique si l'on n'a pas eu d'abord la chance de rencontrer le visage de quelqu'un d'autre, en qui l'on a pu percevoir au moins la promesse d'une vie authentiquement personnelle et d'un dialogue interpersonnel..
Peut-être ce fait est-il dû à ce que le désir de trouver en face de nous un véritable interlocuteur, une personne - source, est encore plus fort et plus fondamental en nous que celui d'être nous même une telle personne.

Mais laissons les philosophes discuter des mécanismes psychologiques; et tirons plutôt des remarques qui précédent deux conséquences pratiques complémentaires, utiles à notre apprentissage de la prière.

L'une vaut pour notre démarche essentielle, le long cheminement par lequel nous nous enfonçons de plus en plus au cœur de la prière; l'autre vaut pour ces moments de halte où nous essayons de faire le point.
Dans le premier cas, donc, il est bien plus urgent de regarder l'Autre que de nous regarder nous même. C'est chez l'Autre d'abord que nous devons nous efforcer de déchiffrer les traits qui font une personne digne de ce nom: l'originalité totale, la liberté sans fond, la capacité de connaître et d'accueillir autrui, l'inépuisable jaillissement de générosité, la fidélité inconditionnelle dans un amour une fois déclaré...
Cet Autre, porteur pour nous de tant de révélations, c'est Dieu en premier, bien sur; mais c'est aussi n'importe quelle personne créée. Aussi les itinéraires sont-ils d'une extrême variété; tantôt nous partons du dialogue interpersonnel avec un être humain et nous reportons dans notre prière ce que nous y avons appris; tantôt, au contraire, nous faisons directement notre apprentissage de fond dans le face-à-face intérieur avec Dieu et nous transplantons ensuite cet acquis dans nos relations humaines.
Quoi qu'il en soit pour nous de ce dernier point, nous n'avancerons réellement dans la prière que dans la mesure où nous nous laisserons fasciner par l'Autre, au point de découvrir ce qu'il a d'unique au monde, d'infiniment mystérieux et cependant ouvert devant nous. En effet, c'est cette fascination-là qui fera peu à peu taire en nous le faux Je, le Je fasciné par lui-même. Sans doute les Pères du Désert voulaient-ils suggérer quelque chose de cet ordre quand ils disaient qu'on ne prie pas vraiment tant qu'on sait encore qu'on prie..

Mais l'effacement du faux Je n'a d'intérêt que s'il permet l'épanouissement de notre vrai Je. Car, s'il est exact que nous ne devenons nous-mêmes qu'en relation avec un Autre, il est non moins exact que l'Autre, quel qu'il soit, a faim et soif de trouver en nous quelqu'un à qui il puisse dire Tu.
Que Dieu lui-même soit un tel Autre, qu'il ait faim et soif de nous dire Tu, il n'arrête pas de le proclamer, depuis Abraham, à ceux qui veulent bien l'entendre. Et là se trouve le message essentiel qu'il devait nous révéler, parce que les hommes ne pouvaient l'inventer. De fait, aucune religion ne l'a inventé. Pour certaines des plus hautes traditions spirituelles, l'achèvement ultime de l'être humain consiste à devenir un "soi" qui se fond, sans ombre de dualité, dans le grand Soi; Pour ceux qui accueillent la tradition issue d'Abraham, l'achèvement ultime de l'être humain consiste, bien différemment, à devenir un Je à qui Dieu puisse dire Tu.
Aussi n'est-ce pas contredire l'intuition des Pères du Désert que d'affirmer - et c'est là notre deuxième conclusion pratique - qu'il est bon d'interrompre de loin en loin le mouvement qui tend à nous jeter hors de nous même dans la pure prière, pour reprendre conscience de ce qui se passe en nous. Comme un automobiliste quitte des yeux la route, le temps d'un regard - éclair, pour surveiller son tableau de bord, il est nécessaire que nous ayons un œil sur le cadran qui nous indique: "Tu va bien" ou "Gare". Dans le domaine de la prière, ce cadran, c'est ce que nous pouvons percevoir de la qualité du Je qui dit Tu à Dieu ou aux autres.


Pouvons-nous préciser un peu quels sont ces traits psychologiques que nous devons souhaiter trouver en nous lorsque nous prions, et qui nous autoriseront à penser que nous sommes alors un Je authentique? Signalons-en au moins quelques-uns.

Le premier sera celui sur lequel se terminait notre chapitre 2 : la disposition à accueillir l'Autre comme tel. Cela se monnayait en "attention" et "attente". Il nous est relativement facile de discerner en nous la présence ou l'absence de ces deux attitudes. Inutile de s'y attarder.

Un second trait, qui est dans la prolongement direct du premier, est que l'on accepte d'avance d'avoir à changer quelque chose en soi. Une rencontre interpersonnelle vraie reste ce qui a le plus de chance de nous provoquer à un changement; que dire d'une rencontre avec Dieu?
Et, bien entendu, nous ne pouvons savoir d'avance en quoi consistera le changement auquel nous serons invités. C'est donc une disponibilité intérieure préalable, globale et inconditionnelle qui est requise pour la prière. Tant qu'on s'y refuse ou s'y dérobe, on peut bien méditer, ou donner libre cours à ses désirs et ses émotions, ou s'enchanter de paroles sublimes; on ne prie pas encore, au sens plein du mot.

Mais un troisième trait vient compléter ce dernier. Si la qualité de la rencontre dépend de notre ouverture sur un avenir inconnu, elle dépend aussi essentiellement de notre enracinement dans le présent. Ce n'est pas un hasard si les mots "présent" et "présence" sont si proches; Rien n'exige autant notre concentration dans l'instant présent que la prise de contact avec une présence, que l'entrée dans un dialogue en Je - Tu.
Ce n'est pas, certes, que la prière doive faire abstraction du souvenir; celui-ci, s'il est vécu comme souvenir des "merveilles de Dieu", en est au contraire un ingrédient indispensable, d'ailleurs savoureux. La prière n'a pas non plus à se couper des promesses d'avenir qui l'emplissent d'espérance. Tout cela est certain et parfaitement clair. Mais, souvenirs et attentes joueraient un rôle néfaste s'ils servaient d'amorce à une évasion hors du réel, du seul réel, qui es l'actuel.
Le passé n'existe plus et l'avenir n'existe pas encore, par définition. Dieu, lui, existe en plein maintenant, comme toute autre personne avec qui nous pouvons avoir à dialoguer. C'est à travers ce qui existe en nous maintenant que nous pouvons rejoindre sa Présence: à travers ce qui subsiste bien vivant des merveilles d'il y a longtemps, ou d'il y a un quart d'heure, et ce qui déjà contient en germe, ou en projet, les merveilles de l'heure qui vient, ou de la plus lointaine vie future.
Un des moyens essentiels d'assurer cet enracinement dans la réalité présente est le bon usage de notre corps dans la prière; il en sera question tout au long aux chapitres 14 et 15 ci-après. Contentons-nous pour le moment d'indiquer qu'il y a là un point à vérifier.
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